1/12/15 21h : La chambre bleue, un film de Paul Costes à Nogaro Ciné

chambrebleueweb

Mardi 1er décembre 21h, le cinéma de Nogaro accueille Paul Costes, originaire de Plaisance-du-Gers, qui viendra présenter son film « La chambre bleue » (2015). Tarif unique 4€.

Synopsis
La mémoire c’est un sac de noeuds. Pour tenter de le démêler, je propose aux membres de ma famille d’organiser un repas pour commémorer les 10 ans de la mort de mon père. Une mort brutale: un infarctus «foudroyant» à 56 ans. Négociations, tête-à-tête, scènes rejouées, digressions, cette «comédie documentaire» entraîne ses personnages dans un drôle de dialogue entre des scènes de famille d’aujourd’hui et des archives familiales en super 8. Au cours de ce portrait de famille de notables du sud-ouest de la France, dans ce rapport au deuil et à l’immortalisation de la vie de famille, un autre film voit le jour. Un film que je fais pour voir mon père, seulement voilà … Il a bel et bien disparu.

Paul-Costes-portait Carmen Leroi ©webCrédit photo : Carmen Leroi. Photo de Paul Costes prise lors de la 37ème édition du festival « Cinéma du Réel ».

Paul Costes : Originaire de Plaisance-du-Gers, Il est né en 1977. Après une enfance passée au Maroc, il suit des études de Persan et de Cinéma à Paris. Il réalise des films documentaires et de fiction depuis une dizaine d’années, dans une alternance qui expérimente les codes et les outils de ces deux genres.
Il est le fils de Jean-Pierre Costes qui fut principal adjoint au collège de Plaisance et auquel Paul consacre ce film.

Il est également le petit-fils de Jean-Louis Quéreillahc.
Jean-Louis Quéreillahc, ancien maire de PLAISANCE du GERS, a été le co-fondateur de cette association d’écrivains-paysans. Fermier sur un domaine du Couloumé, puis exploitant agricole et éleveur aujourd’hui à la retraite, gascon de sol et de coeur, ce passionné de sa terre exalte dans ses livres ces hommes et ces femmes courageux et animés par un inaltérable amour de la terre (« La Moiss-Batt » en 1967, « Rouge est ma terre » en 1975 et « Terre de chimères » en 1980). En 2007, Jean-Louis QUEREILHAC réédite l’ensemble de sa saga dans un livre gorgé de réalité, de passions, de drames et d’espoirs (« Trois sillons de terre rouge »). Véritable conteur et écrivain, Jean-Louis QUEREILHAC évoque par ailleurs sa déportation en Allemagne nazie (« Mémoires de la déportation du travail en Allemagne nazie » en 1998, « J’étais STO » en 1958) et sa longue expérience d’élu (« Un tel maire » en 1962, « Le Préfet aux Champs » en 1973, « Paroles de Maire » en 2002). Il est l’auteur d’une douzaine de livres (« Meuniers et Moulins au temps jadis », « Le secret de la Tour d’Armagnac » en 1962, « Un paysan sur la mer »).
Sous sa houlette, l’ Association des Ecrivains et Artistes Paysans a rassemblé une soixantaine d’Ecrivains-Paysans à PLAISANCE du GERS les 20 et 21 août 2005 en congrès national, journées de partage culturel et de sensibilité commune. Sur les terres de l’ancien maire-conseiller général, Jean-Louis QUEREILLAHC, où fut fondée en 1972 l’association des Ecrivains-Paysans, les participants ont souhaité la création d’une Maison des Ecrivains-Paysans qui archiverait et présenterait la mémoire de la vie rurale.
Source : http://famillemassey.free.fr/ecrivains.htm

Filmographie de Paul Costes

2009 CENDRES. 23’, 35mm. Fiction.
Le G.R.E.C. Cinémas 93. Adaptation de la nouvelle d’Olivier Adam « Cendres ». Goncourt de la nouvelle 2004.
Max est un chauffeur de taxi parisien d’une quarantaine d’années, Naoko une jeune pianiste japonaise. Une nuit d’automne, Max roule sur le périphérique, hanté par la récente disparition d’un proche. Il finit par prendre une course : Naoko.
Festivals : Festival International de Clermont Ferrand – Côté court /Pantin – Festival Visions sociales / Cannes 2009 – Rencontres de Montpellier – Cinéma nouvelle génération / Lyon – Ciné banlieues / St Denis – Short shorts / Japon /Hors compétition – Varsovie / Centre Culturel Français.
Prix à la qualité du CNC.

2007 LES MURS ONT DES VISAGES. 65’, vidéo. Documentaire.
Co réalisation avec Bijan Anquetil. Play film – Documentary and experimental film center / Iran
Les trois enfants Dastvaré sont morts au front, pendant la guerre Iran Irak.
Ils avaient 19, 22 et 27 ans. En 1985, à Téhéran, dans leur quartier, la République Islamique d’Iran réalisait une peinture murale à leur mémoire. Une fresque, parmi les centaines de fresques de martyrs de la ville, à l’identique message officiel : ces jeunes soldats se sont sacrifiés, au nom de Dieu, pour la patrie. Ils sont morts en «martyrs».
La recomposition de l’histoire de cette peinture murale, d’hier à aujourd’hui, nous permet d’analyser le mythe fondateur d’un peuple «uni par le sang de ses martyrs», et de révéler l’actuelle désillusion qui entoure les idéaux hier exaltés par ces trois visages.
Bourse « Déclic Jeune » de la Fondation de France.
Festivals : Lussas / France – Doc Point Helsinki / Finlande – Doclisboa / Portugal – Tiburon IFF / U.S.A – Les écrans du réel / Beyrouth.

2006 MATIÈRES PREMIÈRES. 30’, vidéo. Documentaire.
Les Films de la goutte d’eau – Rectorat de Paris
Les matières premières s’appellent Marion, Suleiman, Nassim, Kaoutar, Arwen. Ils sont en CE1, à l’École d’application de l’avenue de la République à Paris.
Suleiman est malien, Arwen se dit bretonne, Nassim d’Alger… Deux fois par semaine, ils amènent des textes de leur langue maternelle dans l’atelier de «poésie polyglotte» de Marie-Dominique.
Le film se déroule comme un jeu de «questions-réponses» avec ces enfants. Des questions simples pour des notions complexes : ton pays d’origine ? Ta langue maternelle ? … L’imagination ?… La poésie ?…
À travers ces questions, la problématique du film se dessine : le langage. Révélateur d’une identité encore fragile parce qu’en devenir.
Festivals : FID Marseille 2006 / Ecran parallèle Les Sentiers. – Les écrans du réel / Beyrouth.

A propos du film (source : dossier de presse)
Mourir ça va vite. Disparaître, ça prend beaucoup plus de temps. Je me suis fait la réflexion quand j’ai instinctivement voulu annoncer à mon père que ma femme était enceinte, en 2010. Alors que mon père était mort depuis déjà plusieurs années… »
Depuis ce décès en 2002, Paul Costes a maintes fois entendu qu’il était temps de faire le deuil – injonction contemporaine devenue banale. En mêlant home movies en super-8 et tête-à-tête actuels avec des membres de sa famille à qui il propose d’organiser un repas pour commémorer les dix ans de la mort de son père, le cinéaste monte une comédie digressive qui est aussi une lettre à l’absent.
Au passage, il s’aperçoit que les vivants ne sont ni si pressés que cela de se réunir, ni prompts à se souvenir. « On ne sent plus trop qui il était… Quand quelqu’un est mort, il se fige », dit la mère pourtant inconsolable. Les films familiaux du grand-père – deux décennies d’anniversaires captés
sur pellicule – ont-ils accompli leur « devoir » rituel d’immortalisation, ou au contraire documenté une hémorragie temporelle ? Voyage mental mais aussi régional chez des notables gascons, La Chambre bleue croise les confidences des femmes de la famille avec le rapport au souvenir plus biaisé des hommes, des non-dits des frères au discours aux derniers poilus proféré à nouveau par le grand-père qui fut longtemps maire. Monter, commenter, rejouer : autant de manières de réveiller une mémoire qui tardait à répondre à l’appel.
Charlotte Garson

ENTRETIEN AVEC PAUL COSTES JOURNAL DU FESTIVAL DU CINEMA DU REEL # 2 (source : dossier de presse)

Vous appelez votre père par son prénom. Comme si l’idée même de la mort de la figure paternelle etait tellement insupportable qu’elle impliquait la nécessité d’une distance…

Oui, parler de son père dans un film, dix ans après sa mort, m’a demandé de prendre une distance…
Aujourd’hui, ce n’est pas insupportable. Ce n’est plus un film sur la mort, c’est un film sur sa disparition, ce processus qui fait suite à la mort. Jean-Pierre, papa, c’est le même, et ça en est toujours un autre. “A chacun ses souvenirs” dit mon frère Gabriel: c’est une des problématiques du film. Il a son père, j’ai le mien. J’ai réalisé qu’on avait du mal à parler de la même personne. C’est le problème avec les morts: ils sont fuyants.
Briser des assiettes, c’est chasser les maux intérieurs, se défouler et montrer qu’on veut faire la fête.

Vous tentez d’organiser un repas pour commémorer la mort de votre père. Est-ce une manière de se souvenir ou de le ressusciter? Quelle place accordez vous aux rites dans ce film?

Pas de le ressusciter. C’est pour les cathos, et ce n’est pas ma tasse de thé. Mais oui les films sont peuplés de fantômes: Marlène Dietrich, Gary Cooper, Louis Jouvet. Et Jean-Pierre Costes. L’utilisation que je fais des archives familiales joue avec cette étrangeté.
Par ailleurs, dans le film Ordet ou Sous le soleil de Satan, je trouve ça très beau de ressusciter quelqu’un. Au cinéma, oui, on peut faire (ré)apparaître. Mais dans La chambre bleue, le jeu ne pouvait pas être aussi littéral: il est vraiment mort. On ne peut vraiment pas le ressusciter.Les rites : c’est le film que je n’ai pas eu le courage de faire; en partie c’est La gueule ouverte de Pialat. J’ai pris un autre chemin, qui a consisté à proposer une cérémonie, un repas “traditionnel” de famille qui n’existe dans aucune tradition.
Et ce faisant j’ai “convoqué” mes proches sur la question de la coutume, des rites, oui. C’est le hors-champ social du film, le monde autour, avec ses règles.

Les images du père disparu laisse place à celle de vos proches: Ce film devient peu à peu le portrait du monde des vivants. Comment ce glissement s’opère-t-il? Comment s’est effectuée l’apparition de votre présence à l’écran?

Rapidement. Avec ma grand-mère, dans une des premières séquences tournées dans la chambre bleue, à propos d’une histoire de rideaux. Ça a donné le La. J’ai filmé mes proches pendant deux ans. Il y a eu deux tournages
avec Bijan Anquetil à l’image, un compère de longue date. Quand j’étais seul, je faisais un cadre fixe, avec deux valeurs de plan : une où ils étaient seuls, une autre où j’étais à l’image. Quand ils étaient seuls, j’avais l’impression de les “regarder”. Comme c’est moi qui propose le jeu, je me suis mis dedans. Les séquences d’entretien sont des conversations, des dialogues. Bijan n’était pas forcément là pour faire le contre champ, alors un plan large pour tout le monde! C’est un peu schématique, mais le principe est là : être en présence.

Vous soulignez le dispositif, le processus en train de se faire… autant de tentatives qui interrogent les principes même du documentaire: comment filmer l’intime, capturer le réel, recueillir la parole, et la (re)mettre en scène.

Dialogue. Plans fixes. Accéléré. Ralenti. En avant. En arrière. Plusieurs textures d’images, pour plusieurs temporalités, qui finissent par remettre en jeu le statut des images. Un film, dans un film, dans un autre, qui revient sur le premier, passe au troisième, parce qu’il a oublié le second… C’est le sujet du film: je me souviens, du moins j’essaye, je me perds, je digresse et j’entraîne le film avec moi.

Comme le prolongement d’un mouvement, vous vous amusez à créer une passerelle entre les archives du passé tournées par votre grand père et celle du présent que vous enregistrez. Comment avez-vous abordé le travail de montage et l’écriture de la voix-off ?

Ce prolongement m’intéresse parce qu’il me permet de créer de la confusion, et de mettre en scène la fabrication d‘une archive. De quoi se souvient-on? De ce qu’on a filmé? Vu? Raconté? Au montage, j’ai d’abord travaillé avec Sylvie Fauthoux, qui m’a aidé à dissocier ce qui est personnel de ce qui peut s’ouvrir aux autres. Raphaël Pillosio, le producteur, nous a aidé à donner un statut aux différentes images. Ensuite, j’ai travaillé sur des glissements entre ces différentes sources et j’ai écrit la voix off. Je déambulais chez moi avec un HF, et j’égrenais des mots, comme une liste sans fin, une improvisation, avec des bribes de textes écrits. Je me suis aussi enregistré en studio.
Je trouvais ça parfois tellement mauvais que deux amis comédiens, Frédéric Noaille et Antoine Laurent sont venus me “coacher”. Grâce à eux, ça reste classique, mais moins grave. Sébastien Cabour, qui a fait le montage son et le mixage du film, a su trouver les moments où il ne fallait que de la voix et du silence- parce que le super 8, c’est aussi du silence- et ceux où l’action sonore devait prolonger la confusion visuelle.
«Mon capitaine le bateau a fait naufrage. C’est foutu. Tu ne m’entends plus. You’re fucking dead man!»

Avez-vous finalement réussi à faire ce repas? Le temps du film vous a-t-il permis de faire votre deuil ?

Ce repas n’a pas eu lieu mais votre question sur le deuil est touchante. Elle me raconte la distance entre l’expérience de spectateur que vous avez fait avec ce film, et la mienne, de faiseur.

Propos recueillis par Zoé Chantre et Alexandra Pianelliw

Ces informations ont été extraites du dossier de presse téléchargeable ici : http://www.atelier-documentaire.fr/sites/default/files/fichiers/dossier-de-presse.pdf

La bande-annonce est disponible ici : http://www.atelier-documentaire.fr/films/la-chambre-bleue

En souhaitant vous voir nombreux lors de cette soirée !

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